Le 11 nopvembre 2009

Publié le par KTS.

Réflexions et propositions personnelles pour l’avenir,inspirées par l’Histoire. Article publié dans le journal papier poitevin étudiant L'Agité - numéro 1 ( décembre 2008 - site web - http://asso.ajc.over-blog.org )


Contrairement au 8 mai, qui marque la fin du nazisme, le 11 novembre, a longtemps été la fête de la revanche contre ceux que l’on appelait les « boches », et n’est pas vraiment celle de la paix (qui fut signée le 28 juin 1919, jour non devenu férié).


Bien timide changement


La plus haute instance de la République a rendu, le 11 novembre 2008, un hommage « à tous les morts de la Grande Guerre », en compagnie de ses homologues étrangers, et pour la première fois, elle n’a pas ravivé la flamme du soldat inconnu. Cela va dans le sens d’un 11 novembre à visage plus humain, mais ça reste encore bien timide. Si elles deviennent moins nationalistes, ces armistices sont encore un peu trop militaristes.


90 ans plus tard, on ne rend pas aux civils tués (sans armes pour se défendre) et aux femmes violées par les soldats l’hommage qui leur est dû. Ils sont pourtant presque aussi nombreux que les militaires ( 8 800 000 pour 9 700 000 )(Note n°1) . Quant aux déserteurs, aux fusillés pour l’exemple, et à ceux qui avaient tenté de fraterniser avec les allemands dans les tranchées...., malgré les discours de ce 11 novembre 2008, il ne sont pas encore réhabilités officiellement (c’est à dire par la loi, car c’est par la loi que l’on désigne les « morts pour la France » ).

 

Le devoir de mémoire

 

Le « devoir de mémoire » est souvent utilisé pour dissuader les jeunes de devenir pacifistes ou les convaincre de rejoindre l’armée, (ou encore pour justifier l’accroissement des dépenses militaires) . On nous fera toujours avaler que les poilus étaient de fervents patriotes accomplissant leur devoir de tuer l’ennemi à cœur joie. Pourtant à lire leurs témoignages, on se rend compte que leur plus grand désir, c’était de sortir de la boucherie, si possible entiers et vivants (note n°2). Les deux derniers poilus, décédés cette année, avaient tous deux refusés d’être enterrés avec les honneurs militaires.La légion d’Honneur ? « Tu peux te la mettre quelque part» (note n°3) a dit l’un d’eux à ses fils, « Cette guerre, on ne savait pas pourquoi on la faisait. On se battait contre des gens comme nous...» a dit l’autre. Ils n’étaient pas deux rebelles isolés : de nombreux autres survivants de cette guerre et leurs familles avaient fondé l’ARAC (Associa-
tion Républicaine des Anciens Combattants) en 1917 pour aider matériellement les rescapés des tranchées mais
surtout pour « faire la guerre à la guerre » (Note n°4).
Si l’on respectait vraiment le devoir de mémoire, on parlerait de la souffrance et des désirs pacifistes des rescapés
de cette guerre, plutôt que de leurs « exploits » militaires.


L’ARAC aujourd’hui


Si l’on n’ inclut pas ce pacifisme de la première heure dans le « devoir de mémoire », c’est que contrairement
aux superstars qui chantent pour la paix sans fâcher personne, l’ARAC ne fait pas que dire « non à la guerre ».
L’ARAC s’attaque aussi à ses causes politiques : dans le passé, elle a lutté contre le fascisme et le colonialisme ;
aujourd’hui, l’ARAC existe encore, et se préoccupe autant de la « mondialisation capitaliste », et de la faim
dans le monde, que de la réhabilitation des fusillés pour l’exemple et l’amitié entre les peuples. Ainsi elle se re-
vendique clairement altermondialiste , et participe aux forums sociaux (note n°4). Ces pacifistes dérangent
donc un peu trop les institutions, pour que l’on en parle.


Les monuments aux morts pacifistes


Les autres grands oubliés du « devoir de mémoire » sont les communes qui ont choisi pour leurs monuments aux morts des sculptures d’enfants ou de femmes pleurants, ou de soldats démembrés au lieu de symboles militaires. Comme inscription, on y trouve simplement« à nos morts » (et rien d’autre), ou alors des phrases explicitement pacifistes (note n°5): « Apprenons à supprimer la guerre », « Que maudite soit la guerre »,«Tu ne tueras point », « si tu veux la paix, prépare la paix », ou une phrase de Paul Valery : « La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui, eux, se connaissent mais ne se massacrent pas » ...

 

Et la prochaine fois, on fait quoi ?


Pour le 11 novembre 2009 : on pourrait arrêter de défiler en uniformes et à la place faire une fête pour la paix. En reconsidérant, d’une part la notion de « devoir de mémoire » comme suggéré précédemment. Et en invitant d’autre part l’ensemble de la population à réfléchir sur les problèmes d’accès aux ressources naturelles, de famine, de pénurie, d’extrême pauvreté, et sur la question du commerce des armes (on produit 14 milliards de balles par an (note n°6), soit de quoi zigouiller deux fois l’humanité ). Ce sont ces problèmes, qui génèrent ou entretiennent de nombreux conflits : y réfléchir serait une première étape pour y remédier, et les enrayer.

 

KTS


Notes pour l’article :


1 - Source : Wikipédia, au niveau mondial


2 - livre Les saigneurs de la guerre de Jean Bacon (1981- réactualisé en 2006)


3 - Louis de Cazenave, décédé le 20/01/2008 - Le Canard enchaîné. 23/01/2008 page 5


4 - Interview du président de l’ARAC, novembre 2003 http://www.humanite.fr/2003-11-01_Politique_-HistoireL-Association-republicaine-des-anciens-combattants


5 - http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/ site sur les monuments aux morts pacifistes
avec des photos


6 - Politis n°1015 / Août 2008 - page 23

 

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