à lire - Le climat, otage de la Finance, d'Aurélien Bernier
Critique publiée dans le journal papier poitevin d'objecteurs de croissance - TINA numéro 2 - janvier 2010 (http://tina-journal.fr )
Editions Mille et Une Nuits, 2008
Aurélien Bernier nous a écrit un petit bouquin bien fait, très synthétique, et facilement compréhensible au plus grand nombre. Aurélien Bernier n'est pourtant pas un économiste de la Banque Mondiale repenti, mais un simple citoyen qui s'informe et use à juste titre de sa liberté d'expression pour alerter ses concitoyens.
Le livre traite des mécanismes financiers du protocole de Kyoto, dits « bourse carbone ». Contrairement aux libéraux qui affirmeront que les mécanismes boursiers et le marché du carbone sont complexes, d'où l'impossibilité de faire sans, Aurélien Bernier clame l'exact inverse. La logique est très simple : alors que Brice Lalonde parlait d' « utiliser le capitalisme pour faire de l'écologie », le marché des droits à polluer sert tout simplement à utiliser l'écologie pour faire du capitalisme. En spéculant sur des tonnes de carbone, quelques investisseurs pourront se faire « un max de thunes ». Mais ce n'est pas ces termes qu'emploie l'auteur, qui au contraire privilégie un discours pédagogue, ni vindicatif, ni vitupérant.
Par l'instauration de quotas, il est question, par un artifice comptable, de permettre aux entreprises de « délocaliser » les réductions d'émissions (bien entendu plutôt dans un pays du Sud). Cerise sur le gâteaux, les installations publiques les plus émettrices (comme le chauffage central de l'hôpital de Poitiers) devraient elles aussi être soumises à cette logique boursière. Cette lecture pourrait redonner un brin de lucidité aux ONG obnubilées par Copenhague, qui s'imaginaient naïvement qu'un traité international sur le climat ne pouvait être que bénéfique.
On sera en revanche un peu plus sceptiques sur certaines positions de l'auteur. Comme il l'affirme, l'écologie n'est pas qu'une question de comportement individuel « éco-citoyen » et il faut aussi trouver des manières collectives de réduire les émissions de CO2 (par la mutualisation de certains biens et les transports en commun par exemple). On ne peut pas reprocher aux gens de prendre leur voiture quand les transports en commun sont en constant démantèlement, on est d'accord. Mais il tombe facilement dans une posture démagogique en invoquant « le pauvre smicard avec sa voiture ». Il ne remet pas tellement en cause notre mode de vie, et est tenté de faire des entreprises les seules responsables de la crise écologique.
Heureusement cependant que nous n'ayons pas le même point de vue, c'est ce qui s'appelle la diversité d'opinion. Le pluralisme est nécessaire à l'idéal républicain et la démocratie, idées auxquelles l'auteur reste particulièrement attaché.